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26/05/2010

DROITS DE L'HOMME EN AFRIQUE

États-Unis : Le Président Obama devrait prendre des mesures pour mettre un terme aux violences commises par l’Armée de Résistance du Seigneur en Afrique centrale

 

(Washington, le 24 mai 2010)

– Le Président Barack Obama devrait agir sans tarder pour mettre en œuvre la loi historique qu’il a signé aujourd’hui, engageant les États-Unis à prendre des mesures visant à aider les civils d’Afrique centrale menacés par l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA, Lord’s Resistance Army), a déclaré aujourd’hui une coalition de 49 organisations de défense des droits humains, associations humanitaires et associations basées sur la foi. Le groupe rebelle a mené l’une des rébellions les plus anciennes et les plus brutales au monde.

La loi de 2009 relative au désarmement de l'Armée de Résistance du Seigneur et à la relance du nord de l'Ouganda (LRA Disarmament and Northern Uganda Recovery Act) a été signée aujourd’hui lors d’une cérémonie à la Maison Blanche en présence d’éminents membres du Congrès américain et de représentants d’organisations de la société civile. Cette loi stipule que la politique des États-Unis est d’appuyer les efforts visant à « protéger les civils contre l’Armée de Résistance du Seigneur, à appréhender ou écarter du champ de bataille Joseph Kony et ses hauts commandants en l’absence persistante d’une solution négociée, ainsi qu’à désarmer et à démobiliser le reste des combattants de la LRA ». Cette loi requiert également du Président Obama qu’il mette au point une stratégie globale et multilatérale visant à protéger les civils d'Afrique centrale face aux attaques de la LRA et qu’il prenne des mesures pour mettre définitivement fin aux violences perpétrées par le groupe rebelle. La loi appelle par ailleurs les États-Unis à accroître leur soutien humanitaire aux pays actuellement affectés par les violences de la LRA et à appuyer les efforts de relance économique et de justice transitionnelle en Ouganda.

La coalition qui soutient la loi rassemble notamment des associations de la République démocratique du Congo et du Soudan – où des communautés sont la proie d’attaques incessantes de la LRA – ainsi que de l'Ouganda, où le conflit a pris naissance.

Dans une lettre ouverte adressée au Président Obama et publiée la semaine passée, les défenseurs des droits humains de Niangara, une ville du nord du Congo profondément affectée par de récentes attaques menées par la LRA, plaident en faveur d’une action concrète et urgente contre la LRA. « Nous nous sentons oubliés et abandonnés. Notre souffrance semble ne pas beaucoup attirer l’attention de la communauté internationale ni de notre propre gouvernement », déplore la lettre. « Nous vivons chaque jour dans la crainte de nouvelles attaques de la LRA. Quelles sont nos chances si personne n’entend nos cris et si personne ne vient à notre secours ? »

La loi a été présentée devant le Sénat américain et la Chambre des Représentants en mai 2009, devenant depuis lors la législation relative à l’Afrique bénéficiant du plus large soutien de toute l’histoire du Congrès américain. La loi a été coparrainée par un groupe bipartite de 65 sénateurs et de 201 députés, représentant 49 États et 90% des citoyens américains. Des centaines de milliers d’Américains se sont mobilisés pour appuyer la loi, participant à des centaines de réunions avec des bureaux du Congrès à travers tout le pays.

« Cela fait des années que les civils d’Afrique centrale souffrent effroyablement des violences commises par la LRA », a déclaré  Anneke Van Woudenberg, chercheuse principale auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « Cette loi confie clairement au Président Obama le mandat d’œuvrer aux côtés de partenaires nationaux et internationaux pour appréhender les commandants de la LRA inculpés, ceci dans le cadre d’une stratégie globale visant à mettre définitivement fin aux atrocités perpétrées par la LRA. »

« Le Président Obama devrait agir sans tarder et tirer parti de cette occasion historique de contribuer à tourner la page sur l’une des pires crises des droits humains de notre époque », a ajouté Anneke Van Woudenberg.

Les violences commises par la LRA rongent l’Afrique centrale depuis plus de deux décennies. Dans le nord de l’Ouganda, des milliers de civils ont été tués et près de deux millions ont été déplacés par le conflit opposant les rebelles et le gouvernement ougandais. En juillet 2005, la Cour pénale internationale a délivré des mandats d’arrêt contre les commandants supérieurs de la LRA pour des crimes commis dans le nord de l’Ouganda, mais les accusés demeurent en liberté. Bien que le groupe rebelle ait mis fin à ses attaques dans le nord de l’Ouganda en 2006, il a transféré ses bases dans le nord-est de la République démocratique du Congo et a commis des actes de violence à l’encontre des civils au Congo, au Soudan et en République centrafricaine. Kony et ses hauts commandants renouvellent leurs troupes en enlevant des civils, y compris des enfants, afin de les utiliser comme soldats et esclaves sexuels.

En décembre 2008, suite à l’échec du processus de négociation, le Soudan, l'Ouganda et le Congo ont lancé contre le groupe rebelle une offensive militaire conjointe, « l'Opération Coup de tonnerre », avec le soutien des États-Unis. Depuis lors, en l’espace de 17 mois, la LRA s'est dispersée en une multitude de groupes plus petits et a assassiné brutalement plus de 1 500 civils et enlevé plus de 1 600 personnes, dont beaucoup d’enfants. Les violences de la LRA ont souvent pris pour cible des églises, des écoles et des marchés, et lors d’une attaque menée en décembre dernier, le groupe rebelle a massacré plus de 300 civils congolais.

« Si aucune mesure n’est entreprise contre les chefs de la LRA, ils continueront à perpétrer des meurtres et des enlèvements dans toute l’Afrique centrale, menaçant la stabilité dans quatre pays et risquant de compromettre le référendum prévu dans le Sud-Soudan. La LRA constitue une menace flagrante pour la paix et la sécurité internationales », a déclaré John Prendergast, co-fondateur du projet Enough. « Il incombe maintenant aux États-Unis de mener une initiative internationale pour mettre fin à cette menace une fois pour toutes. »  

La loi a également pour objectif de contribuer à garantir une paix durable en Ouganda en augmentant l’assistance destinée aux communautés du nord de l’Ouganda affectées par la guerre et en soutenant des initiatives pour aider à résoudre des conflits qui divisent depuis longtemps le nord et le sud du pays. Elle demande un financement accru des initiatives en matière de justice transitionnelle et appelle le gouvernement ougandais à raffermir son engagement en faveur d'un processus de reconstruction transparent et responsable dans les zones affectées par la guerre.

« Jusqu’à présent, le monde est resté sourd à la souffrance de notre peuple », a déploré Mgr Samuel Enosa Peni, évêque de l’Église épiscopale du Soudan pour le diocèse de Nzara, circonscription gravement affectée par la violence de la LRA. « Nous supplions les États-Unis et les dirigeants internationaux d’entendre nos cris et de mettre fin à ces violences une fois pour toutes. »

Pour consulter la lettre adressée au Président Obama par les défenseurs des droits humains de Niangara, veuillez suivre le lien :

 

http://www.hrw.org/fr/node/90570

 

HRW/L’EXPRESSION-RDC

Lettre ouverte des défenseurs des droits humains dans le nord-est de la RD Congo au Président Barack Obama

Mai 19, 2010

 

Son Excellence Président Barack Obama
Maison Blanche
Washington D.C.
Etats-Unis d'Amérique

Niangara, le 19 mai 2010

Votre Excellence, Monsieur Le Président,

Au moment ou vous apprêter à signer une nouvelle loi pour combattre le problème de la LRA, nous, défenseurs des droits humains du territoire de Niangara au nord-est de la République Démocratique du Congo, nous lançons un cri d'alarme.

Depuis 2009, les attaques de la LRA ne cessent pas de faire des victimes parmi la population civile. Nous avons trop souffert. Nous attendons une réponse forte de la communauté internationale et du gouvernement congolais pour mettre fin une fois pour toute à ce phénomène LRA. Il est nécessaire de mettre une place une stratégie pour protéger notre population et sauver les membres de nos familles qui sont toujours avec la LRA. 

Dans ce présent message adressé à Votre Excellence, Monsieur Le Président des Etats-Unis d'Amérique, la population de Niangara déplore le manque d'action efficace de la communauté internationale malgré nos appels répétés. Cependant, les ONG locales de défense des droits humains, qui détiennent des informations documentées sur ces atrocités, ne cessent de crier pour attirer l'attention de la communauté internationale et même du gouvernement congolais.

En décembre 2009, la LRA a massacré la population civile dans la localité de Makombo et ses environs en Chefferie Mangbele. Au moins 345 personnes ont étés tuées pendant le massacre et plus de 250 autres capturées. Nous continuons à découvrir les ossements des personnes non-enterrés, et le chiffre des morts n'inclut pas non plus les personnes noyées dans la rivière Uele lorsque la LRA a traversé la rivière avec ses prisonniers.

Depuis janvier 2010, des massacres similaires sont signalés dans les localités Kpanga, Mapi, Tende, Kpuru, et Nawoko dans la Chefferie Manziga située au nord du village de Niangara. Cette chefferie Manziga est entièrement occupée par la LRA à l'exception de son Chef-lieu, Nambia. La plupart des informations sur ces derniers massacres ne sont ni documentées ni vérifiées à cause de la présence de la LRA et de l'enclavement totale de notre territoire. Nous n'avons aucun moyen de communication pour transmettre rapidement les alertes de la population aux instances supérieures du gouvernement congolais et de la communauté internationale.

La population de Niangara se sent oubliée, abandonnée et sa souffrance semble faire naitre très peu de préoccupation de la part de la communauté internationale et de notre propre gouvernement. Nous pleurons les morts au sein de nos familles et nos amis qui ont été brutalement abattus par la LRA, et nous prions chaque jour que ceux qui sont toujours avec la LRA soient sauvés. Nous vivons chaque jour avec la crainte qu'il y aura encore des attaques par la LRA. Quelle chance avons-nous si personne ne veut entendre nos cris et si personne ne veut venir nous aider? Nous vous prions de ne pas nous laisser seul entre les mains de ces tuers.

Ainsi, les défenseurs des droits humains de Niangara formulent dans le message qu'ils vous adressent les recommandations ci-après :

·                                 Faire prendre conscience à la communauté internationale de la nécessité qu'elle agisse pour transformer l'approche militaire actuelle afin d'avoir des opérations plus ciblées et efficaces contre le commandement de la LRA de façon à épargner les civils innocents souvent pris entre deux feux.

·                                 Les UPDF, FARDC, la MONUC, et d'autres forces qui interviendraient dans l'avenir, doivent avoir tous les moyens de conduire ces opérations sans que la population n'en subisse les conséquences.

·                                 Elaborer un mécanisme pour identifier, arrêter, et punir les commanditaires des opérations LRA opérant à Niangara.

·                                 Appuyer l'installation des réseaux téléphoniques dans le territoire de Niangara ainsi qu'une radio communautaire pour informer les autorités et protéger la population.

·                                 Assister la population de Niangara, les déplacés, les ex-combattants LRA congolais, les enfants et adultes rescapés avec une assistance psychosociale et la fourniture de vivres et de biens de subsistance élémentaires.

Votre Excellence, cette lettre est un appel au secours. Nous connaissons la bonté de votre cœur et nous savons que vous seul pouvez apporter une réponse concrète, rapide et déterminante avant que nos femmes et nos enfants ne soient tous exterminés.

S'il vous plait, sauvez-nous.

Avec tout notre espoir et notre respect, nous vous remercions pour l'attention que vous portez aux congolais et pour la bienveillance avec laquelle vous recevrez ce message.

Veuillez agréer, Votre Excellence, l'expression de notre haute considération.

Les défenseurs des Droits Humains à Niangara :

1. Adam Matsaga
2. Jean-Pierre Angombe
3.
Mado Mersi
4. Bale Houssein
5. Mariam Gumete
6. Emabe Pandatimo
7. Jean-Baptiste Ngere
8. Aboubakar Ngata
9. Jules Dramdema Ali
10. Henri Kama Nomzier
11. Crispin Anigobema
12. Julienne Djomgane
13.
Tongolo Floribert
14. Dumossa Apolonaire
15. Massina Leonard
16. Siro Jean-Pierre
17. Dieu-donne Maka
18.
Dboyo Aniya
19. Tambuada Godelive
20. Souleyman Magwengasa
21. Odeka Mesior
22. Mulimu Mussa
23. Khbudri Kambabume
24. Mboli Foko
25. Meduama Jean
26. Mboli Nginayo
27. Kamegindba Gboma
28.
Konyebadi Lengeleng
29. Kateka Jean
30. Ngasadu Therese
31. Jeruane Mersi

 

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