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16/09/2010

RDC:PROTECTION DES CIVILES A L'EST

RD Congo : Il faut renforcer la protection des personnes déplacées

 

Les personnes déplacées internes ne devraient pas être forcées à rentrer chez elles

 

(Amsterdam, le 14 septembre 2010)

 – Le gouvernement de la République démocratique du Congo, ainsi que la mission de maintien de la paix des Nations Unies au Congo, devraient renforcer la protection des près de deux millions de personnes ayant dû quitter leurs foyers en raison du conflit dans l’est du pays, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. L’agence des Nations Unies pour les réfugiés et les bailleurs de fonds internationaux devraient veiller à ce que les programmes d’aide ne soient pas utilisés pour inciter ces personnes à rentrer chez elles avant qu’elles ne soient convaincues que cela est sans danger, a ajouté Human Rights Watch.

Le rapport de 99 pages, « Une fuite permanente : Le cercle vicieux des déplacements dans l’est du Congo », décrit les exactions commises à l’encontre des personnes déplacées par toutes les parties belligérantes, dans toutes les phases du déplacement : au cours des attaques qui les déracinent ; après qu’elles aient été déplacées et se retrouvent dans des forêts, dans des familles d’accueil, ou dans des camps ; et après qu’elles-mêmes ou les autorités décident qu’il est temps pour elles de rentrer dans leurs foyers. Le rapport est basé sur des entretiens menés auprès de 146 personnes déplacées de leurs foyers dans l’est du Congo, ainsi qu’auprès de représentants du gouvernement, de travailleurs humanitaires et de journalistes.

 « En dépit des efforts menés par le gouvernement pour stabiliser et reconstruire l’est du Congo, la population demeure sous la menace de la violence persistante », a déclaré Gerry Simpson, chercheur senior à la division Réfugiés de Human Rights Watch et auteur du rapport. « Les personnes déplacées internes sont parmi les personnes les plus vulnérables de la région, et elles ont désespérément besoin de davantage de protection et d’aide. »

Le rapport décrit la façon dont des myriades de groupes armés et les forces armées congolaises ont déplacé des centaines de milliers de personnes dans le Nord et le Sud Kivu – les provinces les plus instables de l’est du Congo – souvent à plusieurs reprises et pendant de nombreuses années. Les combattants ont contraint les civils à quitter leurs foyers et leurs terres, ont pillé leurs biens et ont puni ceux qu’ils soupçonnaient de collaborer avec des groupes armés ennemis. Ces personnes déplacées (IDP) ont fui afin d’échapper aux meurtres, aux viols, aux incendies, aux pillages et aux travaux forcés.

Selon les évaluations de l’ONU, le conflit conduit au déplacement forcé d’au moins 1,8 million de civils – le quatrième plus grand déplacement interne du monde – dont 1,4 million dans le Nord et le Sud Kivu, limitrophes du Rwanda. Cette situation continue à évoluer. Bien que l’ONU estime qu’1 million d’IDP sont rentrées chez elles en 2009, au moins 1,2 million de personnes ont été contraintes de fuir leurs foyers au cours de trois opérations militaires successives qui ont débuté en janvier 2009. Au cours des trois premiers mois de 2010, au moins 115 000 personnes ont fui leurs foyers en raison de la poursuite des opérations militaires et du danger dans les Kivus.

Le cercle vicieux des déplacements

À la suite de l’abandon leurs biens, de leurs maisons, de leurs terres et de leurs moyens de subsistance, un grand nombre de civils ont d’abord cherché refuge dans la forêt proche de leurs villages, dans l’espoir de rester près de leurs champs et de leurs biens. Beaucoup y sont confrontés à davantage d’exactions, notamment des attaques par des groupes armés, des viols et des vols, ou sont contraints par le manque d’abris et par la faim à chercher refuge et de l’aide ailleurs.

Au moins 80 pour cent des IDP de l’est du Congo trouvent une certaine sécurité dans des « familles d’accueil »,  qui luttent elles-mêmes pour joindre les deux bouts. Ces IDP sont confrontées à des difficultés économiques, à la faim et aux maladies, et la grande majorité d’entre elles n’a que peu ou pas d’accès aux soins médicaux et à l’éducation. Au fil du temps, les familles d’accueil se retrouvent accablées par les IDP, qui sont alors souvent contraintes de se déplacer à nouveau.

Bien que nombre de personnes déplacées affirment qu’elles préfèrent survivre en cultivant la terre, leur accès limité ou inexistant aux champs signifie qu’un grand nombre d’entre elles dépend des organismes humanitaires. Or pour des raisons de sécurité ou de logistique, ces organismes sont souvent dans l’incapacité d’atteindre les IDP dans les lieux où elles se sont réfugiées.

« À maintes reprises, des parents voulant à tout prix nourrir leurs enfants ont indiqué que l’absence d’aide signifiait qu’ils n’avaient pas d’autre choix que de risquer leur vie en retournant dans des lieux très dangereux », a expliqué Gerry Simpson. « Ils ont besoin d’aide à la fois pour parer à la faim et pour éviter de perdre leur vie aux mains des groupes armés. »

La question du retour

Bien que les opérations militaires aient continué tout au long de cette année, les représentants du gouvernement congolais ont affirmé à plusieurs reprises que la situation sécuritaire dans l’est du Congo s’est grandement améliorée et qu’ils souhaitent voir les personnes déplacées rentrer chez elles.

Le rapport décrit les obstacles auxquels les IDP sont confrontées en rentrant chez elles : le manque général de sécurité dans les villages éloignés des routes principales ; les exactions et les menaces de la part des combattants de toutes les parties belligérantes ; les accusations de collaboration avec les groupes ennemis ; le pillage des récoltes ; l’extorsion par les combattants non disciplinés ; et les litiges concernant les titres fonciers, l’occupation des terres et la destruction des biens.

Le rapport décrit également comment dans certain cas, les autorités ont donné la priorité à des considérations politiques plutôt qu’aux besoins des IDP, et les ont encouragées à quitter les camps contre leur volonté. Par exemple, en septembre 2009, les autorités congolaises ont incité à rentrer chez elles  60 000 personnes se trouvant dans des camps gérés par l’ONU à Goma et aux environs.

Des policiers et des voyous ont attaqué et pillé ces camps lors de leur fermeture, attaquant ceux qui tardaient à plier bagage et à partir. Certaines des personnes déplacées ont expliqué à Human Rights Watch qu’elles n’avaient même pas essayé de rentrer chez elles parce qu’elles savaient que c’était encore dangereux, tandis que d’autres ont essayé mais ont été contraintes par des groupes armés à se disperser. Ni le gouvernement ni les agences de l’ONU n’ont suffisamment surveillé ce qui était arrivé à ces 60 000 personnes.

« Les organismes de l’ONU et les bailleurs de fonds doivent fournir des ressources suffisantes pour l’aide humanitaire d’urgence », a insisté Gerry Simpson. « Les IDP ne devraient être encouragées à rentrer chez elles que si elles peuvent le faire sans danger, de leur plein gré et dans la dignité. »

Le besoin de protection

Les autorités congolaises ont de mauvais antécédents en ce qui concerne la protection des personnes déplacées et autres civils, compte tenu de la fréquence des exactions commises par des unités de l’armée congolaise à l’encontre de la population qu’elles sont censées protéger, a déclaré Human Rights Watch. Les autorités congolaises comptent sur presque 20 000 Casques bleus de l’ONU (la Mission d’organisation et de stabilisation de l’ONU en République démocratique du Congo, MONUSCO) pour les aider à protéger les civils sous la menace imminente de violences physiques et pour porter assistance aux civils déplacés désireux de rentrer chez eux.

Human Rights Watch a indiqué que la mission de l’ONU a mis au point des moyens novateurs pour améliorer la protection des civils, notamment une stratégie de protection des civils et des Équipes conjointes de protection (Joint Protection Teams, JPT), qui tentent d’anticiper et de répondre aux besoins de protection des civils. Ces initiatives ont eu un impact positif, mais les Casques bleus sont répartis sur un terrain vaste et inhospitalier avec des ressources surexploitées, et leur capacité à protéger les civils a également été limitée. Par conséquent, le défi de protéger les civils de l’est du Congo demeure immense.

 

 La protection des civils, notamment des personnes déplacées internes, devrait demeurer la considération primordiale du gouvernement tandis qu’il met au point des politiques de stabilisation et de reconstruction post-conflit, a déclaré Human Rights Watch.

« La reconstruction de l’est du Congo ne devrait pas se faire au détriment de la protection de ses citoyens les plus vulnérables », a conclu Gerry Simpson. « L’ONU et les bailleurs de fonds devraient s’assurer que le droit de ces personnes à la vie et à la dignité demeure au centre de tout effort de reconstruction. »

 

HWR/Expression-rdc

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