Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Envoyer ce Blog à un ami | Avertir le modérateur

09/11/2009

Sommet de Sharm el cheikh: la Chine-Afrique à un le tournant décisif

indo.jpgRien ne peut désormais arrêter la grande marche de la Chine sur le continent noir. Longtemps mise à l’écart de grandes questions économiques du continent, apanage de l’Occident, la Chine s’est invitée dans le débat. Depuis 2000, elle a mis en place un forum d’échanges pour baliser la voie d’une nouvelle forme coopération avec l’Afrique. Depuis hier dimanche, elle échange dans la cité touristique égyptienne de Sharm El Sheikh sur l’avenir de ces relations avec l’Afrique. Pays mythique, le choix de l’Egypte n’est pas le fait du hasard. Le pays de Moubarak incarne le passé glorieux de l’Afrique. La Chine a l’ambition d’aider l’Afrique à se relever pour retrouver ses marques, comme aux temps du Pharaon. Trouvera-t-elle l’interlocuteur valable pour porter cette vision ? Un tournant décisif du partenariat sino-africain se dessine en Egypte.

La ville touristique de Sharm el Sheikh abrite depuis hier dimanche 8 novembre le 4ème Forum ministériel de coopération sino-africain qui réunit des chefs d’Etat et de gouvernement ainsi que des ministres des Affaires étrangères et d’Economie d’une cinquantaine de pays. Ces derniers doivent faire l’évaluation du troisième sommet Chine-Afrique tenu à Beijing au mois de novembre 2006 où les participants ont décidé de mettre sur pied le nouveau type de partenariat « gagnant-gagnant » entre le continent africain et l’empire du milieu. Il est prévu également l’élaboration d’une feuille de route en vue de renforcer et diversifier les relations entre la Chine et le continent africain sur la période de 2010 à 2012.

SAISIR LE MESSAGE DE BEIJING

Pour Kinshasa, cette rencontre revêt d’une grande importance. Elle coïncide avec le compromis trouvé entre le Fonds monétaire international, la RDFC et la Chine sur les contrats signés entre le gouvernement et un consortium d’entreprises chinoises. Pour la RDC, représentée à ce forum par le Premier ministre, Adolphe Muzito, la rencontre de Sharm El Sheikh incarne le début d’une nouvelle forme de coopération avec la Chine. Kinshasa pense s’en inspirer pour recadrer ses rapports avec la Chine, plus que jamais couverts du sceau des Institutions de Bretton Woods (FMI et Banque mondiale). Qu’est-ce la Chine cherche donc à travers ces différentes rencontres ? C’est la grande problématique de ce genre de forum. Nombre d’analystes pensent que la démarche de la Chine s’inscrit dans un schéma bien tracé. La Chine voudrait étendre son influence en Afrique. D’où, son intérêt de traiter avec une Afrique unie, qui parle d’une seule voix tout en regardant dans la même direction que Beijing. C’est le message que l’Empire du Milieu entend véhiculer depuis 2000 au travers de ces fora avec les pays africains.

En quoi la percée chinoise est-elle une tendance de fond ? Le continent africain représente l’opportunité pour la Chine de sécuriser durablement un accès aux matières premières nécessaire à sa croissance. Ce développement s’intensifie depuis deux ans, mais il s’est amorcé en 1993, quand la Chine est devenue importatrice nette de pétrole. Une réflexion stratégique s’est mise en place depuis 1999. En important d’Afrique, les Chinois échappent à la zone du Proche-Orient, où les Etats-Unis sont omniprésents.

Les Chinois ont tout d’abord saisi des opportunités là où la compétition était moins forte : Soudan, Angola, Nigeria, Zimbabwe... Souvent au moment où ces pays connaissaient des conflits et étaient délaissés par des compagnies occidentales. Ils se sont créés des niches à partir desquelles ils rayonnent. Aujourd’hui, Beijing a l’ambition de rayonner sur l’ensemble du continent. De ses intentions, la Chine ne s’en cache plus. Avec une Occident écartelée entre la nécessité de sortir de la crise financière et l’impératif de consolider le progrès, la Chine est bien consciente d’avoir le champ libre pour opérer. L’on assiste décidément à une sorte de « remontée de filière ». L’Afrique est désormais un « laboratoire » pour exporter des produits manufacturés à plus forte valeur ajoutée. La percée a suivi quatre phases : le pétrole, le minerai puis le BTP, et enfin les exportations avec des acteurs privés, pas forcément liés à l’appareil d’Etat, comme le textile. Un système financier est maintenant en place pour les développements futurs : des banques chinoises prêtent localement à des compagnies pour se développer. Cependant, la grande présence chinoise en Afrique soulève quelques interrogations pour qu’une fois de plus le continent noir ne s’en sorte pas perdant.

Quels avantages les Africains vont-ils retirer de cette percée ? Dans un contexte de crispation et de fermeture européenne, l’Asie apparaît comme une alternative. Les dirigeants africains veulent diversifier leurs interlocuteurs internationaux. Mais, il y a un danger dans ce nouveau rapport qui se dessine entre l’Afrique et la Chine. Est-ce que les pays africains sont prêts à jouer le jeu au mieux de leurs intérêts. A travers ce genre de forum, la Chine veut amener les Africains à s’unir autour d’un idéal de développement de tout le continent. Des rapports individuels par voie des accords bilatéraux ne feront pas le développement de l’Afrique. La Chine en est consciente. D’où, son objectif de ramener l’ensemble de l’Afrique à soutenir une vision d’ensemble.

INTERLOCUTEUR VALABLE

A serrer l’analyse de plus près, plusieurs analystes apprécient à juste titre la coopération sino-africaine qui apparaît à ce troisième millénaire comme une alternative aux relations asymétriques entre l’Afrique et l’Occident.

La Chine a donc, à son actif, le fait de n’avoir pas un passé colonial. Ce qui explique amplement le développement de la coopération sino-africaine basée sur l’égalité et le respect entre les partenaires.

Les Chinois soutiennent que les parties ont une raison de coopérer étant donné que la Chine est le plus grand pays du Tiers-monde alors que l’Afrique est le continent qui regroupe le plus grand nombre des pays pauvres.

Il s’ensuit que la coopération sino-africaine a un impact invisible sur le continent africain notamment par la construction de grandes infrastructures et l’exploitation des matières premières.

Ce qui fait dire à un analyste que les milliards de dollars américains de l’Empire du milieu feraient un mariage de raison avec les incommensurables potentialités économique de l’Afrique pour changer désormais le nouvel économique mondial.

Toutefois, certaines langues se délient. Elles redoutent qu’au final les finances et les technologies chinoises ratent de réaliser les résultats escomptés. Elles justifient cette crainte par la forte propension pour les africains à aller vers la Chine en ordre dispersé. Cette stratégie a l’inconvénient de limiter la portée de l’intervention chinoise. Les pays africains partagent les mêmes problèmes qui se résument en la pauvreté et au sous-développement.

La Chine a certes la volonté d’aider le continent à se relever. Mais faudrait-il aussi en retour que les africains s’intègrent dans cette dynamique de développement.

C’est le rôle que doit jouer l’Union africaine qui porte la vision de développement de l’Afrique par la voie de l’intégration économique autour de grands ensembles. Il serait dès lors important que l’Union africaine porte la vision de l’ensemble du continent en se pointant comme l’interlocuteur valable sur qui Beijing devait s’appuyer pour soutenir un continent en quête de développement. C’est dans ce contexte que les observateurs avertis estiment que les pays africains devraient s’organiser pour donner leurs priorités à l’Union africaine qui deviendra désormais un interlocuteur valable entre l’Afrique et la Chine.


Kinshasa, 9/11/2009 (LP/MCN, via mediacongo.net)/L'expression